Roland Dubillard c’est le dialogue de sourds. L’anarchie organisée des mots. Le fantastique et banal quotidien. Le chaos des échanges. Un sens suggéré à l’insensé. L’influence de Ionesco. Un zeste de Raymond Devos. Les couleurs d’un Beckett. Un humour et une poésie de l’absurde. Servis par le pince sans rire de deux clowns perdus dans leur univers.

"- Mais dites-le, à la fin, ce que ça vous fait ! Pour que je sache ce que ça va me faire.

- Eh bien, ça me fait… Ça me fait rien du tout. Absolument rien du tout. C'est extraordinaire.

- Oui, eh bien voulez-vous mon avis ? Ce n'est pas votre apéritif qui vous fait cet effet-là. Parce que moi, ça me fait pareil.

- Alors qu'est-ce que c'est ?

- C'est l'existence.

- L'existence ?

- Oui, l'existence. Je le sais, parce que moi, l'existence, ça me fait la même chose. À chaque fois que j'existe, c'est pareil.

- Vous existez souvent ?

- Non, j'ai autre chose à faire. C'est vous, avec votre apéritif.

- Moi, ça ne m'était jamais arrivé.

- C'est la première fois que vous existez ? Ça s'arrose ! Venez, je vous paye l'apéritif. Un bon apéritif, là, qui existe depuis des siècles.

- Je veux bien, mais dites-moi, ça ne se voit pas trop, que j'existe ?

- Il n'y a pas de honte. Et puis de toute façon, l'existence, vous verrez, ça s'en va comme c'est venu, plus facilement qu'une migraine et sans aspirine."

L'apéritif, mais aussi Le plongeon, La pluie, Le restaurant, Les voisins… autant de trésors que Roland Dubillard a offert au théâtre. Des dialogues comme de tendres parenthèses hors du temps. Des petites histoires tout droit venues d'un univers aussi singulier qu'attachant. Les diablogues, c'est un voyage poétique où s'affrontent, se confient ou bavardent deux drôles de compères. Des discussions étonnantes, au cours desquelles deux énergumènes passés maîtres dans l'art de digresser transportent joyeusement leur auditoire en absurdie.